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Le «tsunami» de la dette chinoise pourra-t-il devenir productif?

La Chine doit supporter en ce moment les "sanctions" décidées par Donald Trump, qui sont loin d'être négligeables. C'est ainsi que la hausse des taxes sur les importations chinoises aux Etats-Unis pourrait provoquer une baisse de la croissance de 1,5%. Or le gouvernement s'était engagé à maintenir une croissance de 6,5% jusqu'à 2020...
 
En s'engageant à maintenir une croissance de 6,5% jusqu'à 2020, le gouvernement chinois pensait ainsi se distinguer de toutes les autres grandes économies où la croissance stagne pratiquement : Xi Jinping présentait aux citoyens ce taux comme une preuve de l'excellence du gouvernement économique propre à la Chine.
Or, la hausse des taxes sur les importations chinoises aux Etats-Unis décidées par le président américian, pourrait provoquer une baisse de la croissance chinoise de 1,5%. Et pour éviter cette baisse, il est probable que le gouvernement chinois augmentera massivement les prêts à la population ; mais ce faisant, il ne fera qu'aggraver le montant de la dette.

Un "tsunami de la dette" ?

La dette chinoise est déjà considérable et ne cesse d'augmenter : elle a quasi doublé depuis 2008, pour atteindre 250% du PIB. Certains parlent d'un "tsunami" de la dette. Pour le FMI - qui il est vrai ne porte pas la Chine dans son cœur -,  cette hausse de la dette est sur une trajectoire dangereuse et pourrait provoquer un ralentissement encore plus marqué de la croissance(1).

Le boom récent du crédit, c'est-à-dire l'augmentation massive des prêts aux particuliers et aux entreprises, provient aussi bien des finances de l'Etat que de celles des collectivités décentralisées. Cependant cette mesure, l'économie chinoise continue de voir son rythme ralentir.

Le président Xi Jinping vient d'appeler les administrations locales à cesser pour des raisons électorales de procéder à des prêts inconsidérés. C'est ainsi, selon un économiste, que des prêts récents à l'immobilier ont permis la construction de villes nouvelles pouvant loger 3 milliards de personne, c'est-à-dire le triple de la population. Bien évidemment, ce parc reste vide mais les prêts ayant permis ces constructions doivent continuer à être remboursés. Il en résulte de nouveaux emprunts.

L'objectif qui était d'augmenter la consommation et par conséquent l'investissement apparaît donc dorénavant hors de portée. La population, notamment les quelques centaines de millions de citoyens dits aisés, ne pourra pas ne pas s'en apercevoir. Or ce sont eux qui soutiennent le gouvernement. Certains économistes commencent à se rendre compte que l'augmentation des prêts à la consommation s'est traduite par une augmentation de spéculations improductives diverses.

Ne plus prêter à la consommation ?

Ceci provoquera-t-il une crise générale pouvant entraîner une crise politique et la mise en péril du pouvoir du Parti communiste chinois et du gouvernement central, sinon celui du «Président à vie» Xi Jinping?
Les observateurs ne le pensent pas.
En effet la Chine joue dorénavant un rôle international de première grandeur, notamment dans une alliance avec la Russie. Maintenir ce rôle importera plus aux élites que s'efforcer de réduire la dette.

De plus, et dans le cadre de ce rôle, si l'économie s'endette, c'est surtout désormais au profit des industries de défense et du nouveau secteur spatial. Même si les retombées de tels investissement seront longues à se faire sentir, les élites, là encore, savent gré à Xi Jinping de permettre à la Chine d'être désormais capable de concurrencer les Etats-Unis dans ces domaines stratégiques.

Ceci n'empêche pas qu'il serait désormais urgent d'engager systématiquement la société dans des domaines d'investissements indispensables autres que militaires pour l'avenir, notamment dans les sciences et technologies émergentes. La Chine n'est pas soumise comme les Etats-Unis et surtout l'Europe aux choix politiques des élites financières mondiales articulées autour de Wall Street et de Londres. Celles-ci ne visent qu'un profit immédiat, sinon à la spéculation financière. Elles se sont détournées depuis longtemps des politiques d'investissement public qui avaient notamment permis le redressement de la France de 1946 à la fin du XXe siècle. Avec Vladimir Poutine, de telles politiques semblent désormais une préoccupation de la nouvelle Russie. Ses domaines d'excellence, notamment dans les sciences, la mettront de plus en plus au niveau des Etats-Unis.
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