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Mené avec le concours de neuroscientifiques qui étudient le lien entre émotion et apprentissage, et de l’Education nationale, Rhapsod-IA est une application pédagogique fondée sur les spectacles du comédien chercheur Éric Chartier. Intégrée dans EasyProf, elle a pour objet de donner à tous des clés d’accès à la lecture et à la langue, tout en revalorisant le professeur, dans un esprit de qualité et de créativité.
Marie-Christine JenéL’application pédagogique Rhapsod-IA(1), fondée sur les spectacles du comédien chercheur Éric Chartier, est intégrée dans EasyProf(2), un logiciel de technologie interactive développé par l’éditeur multimédia Itanova. Différentes technologies de pointe, réalité virtuelle, vidéo immersive, analyse de données, etc., sont utilisées.
Pour autant, Marie-Christine Jené, directrice du projet, souligne la volonté de mettre l’outil au service de l’humain, de l’adapter aux besoins des élèves, de placer l’enseignant au centre du processus d’apprentissage.

Entretien

De quelle manière les spectacles du comédien vont-ils être utilisés comme contenu et support pédagogique? Et comment allez-vous y insérer des techniques de Réalité virtuelle (RV) ?
Marie-Christine Jené : Tout part des oeuvres, et de notre raconteur, ou «médium», Éric Chartier. J’ai été immédiatement conquise par son travail. Avec lui, nous avons décidé d’intégrer au logiciel EasyProf ses 25 représentations (soit quelque 30 heures). Elles seront captées intégralement au format d’enregistrement VR et IA. Cette retranscription codée de sa «rhapsodie» sera découpée en séquences.
Pour toucher davantage les élèves, nous envisageons d’intégrer une vidéo immersive, qui pourra se consulter avec des lunettes de réalité virtuelle, sur laquelle se grefferont de nombreuses activités pédagogiques. Les interactions des élèves avec le programme seront analysées et suivies dans le but de proposer au professeur une amélioration de l’interface et des contenus, qui se feront grâce à l’Intelligence Artificielle.. D’où le nom de Rhapsod-IA.

Ainsi, à partir de ces séquences interactives, assorties d’une interface enrichie, où seront greffés des contenus, nous allons créer une cinquantaine d’activités pédagogiques, telles que «Écouter cette séquence, Questions posées, Exercices de mémorisation, Exercices de grammaire, Exercices de vocabulaire, Analyse étymologique, Contexte sociologique», etc. Ces activités seront conçues en étroite collaboration avec les professeurs, qui sont les experts au même titre que le raconteur. 
3 AXES
- «EC raconte», vidéos RV, création d’activités pédagogiques autour de la langue, des textes…
- Analyse des réactions des élèves, traitement statistique pour développer le tutorat, la personnalisation
- Professeur au centre : expert, créateur, guide, coach

A qui s’adresse ce projet si ambitieux ? À une élite ?
M-C J : Bien au contraire : à tous les élèves, et en particulier aux plus défavorisés, à ceux que les méthodes de l’enseignement traditionnel rebutent ou laissent de côté : ils peuvent tout à fait se passionner pour les grands textes, avoir envie de maitriser la langue. Je pense aux élèves de l’enseignement professionnel. De même, les élèves porteurs de handicap seront bienvenus, car on va exploiter les spécificités de chacun. Nous testons actuellement le logiciel auprès d’élèves en difficulté, dans le lycée professionnel des Mureaux en Ile-de-France (Yvelines), avec 98 % de jeunes issus de l’immigration, c’est un véritable défi ! Leurs réactions vont nous aider à peaufiner le projet, d’autant que nous comptons sur des enseignants passionnés.

Cela suppose une adaptation fine, voire une personnalisation des activités voire des méthodes ?
M-C J : Absolument. Nous voulons personnaliser au maximum des modules et développer le tutorat, voire un modèle de «classe inversée», où l’élève co-crée ses activités avec le professeur. Les activités pédagogiques vont s’adapter en fonction du profil d’apprentissage qui aura été défini via les process de tracking et de feedback. Ces analyses vont nous aider à analyser les leviers de motivation des élèves, et nous permettre d’adapter en fonction de la réaction à l’égard des contenus. Nous sommes en train de déterminer ces learning analytics («à quoi fait penser cette image/ce mot ?...»)…

Vous travaillez en collaboration avec des chercheurs, en neurosciences notamment…
M-C J : Nous travaillons en effet avec une équipe de neuroscientifiques, de l’Université catholique de l’Ouest (UCO). Ainsi Noëlle Zendrera, docteur en sciences cognitives, spécialiste notamment des biorythmes, travaille sur les conséquences sur la capacité d’apprentissage, de l’accélération du temps propre à la société post-moderne.

Ces chercheurs sont passionnés par le phénomène de l’apprentissage et le lien créateur avec l’émotion. Or quand se produit l’apprentissage ? quand on arrive à produire une connexion neuronale. C’est en cela que l’art et les réflexions d’Éric Chartier sont si précieuses. Il y aussi une dimension ludique de plaisir et de créativité à laquelle nous croyons beaucoup, et qui n’est pas contraire à l’exigence de qualité.

En outre nous avons décidé de confier la coordination de ce projet au Professeur Jean-Claude Mandersheid, docteur en Sciences de l’Éducation et en Sciences de l’Information et de la Communication, qui a piloté plusieurs grands projets nationaux et européens sur l’utilisation pédagogique du multimédia. À cette occasion, il a appris à travailler avec l’Éducation nationale, au niveau académique mais aussi ministériel. Sa solide expérience en méthodologie de la recherche, aussi bien en sciences de la vie qu’en sciences humaines en fait un atout majeur pour le projet Rhapsod-IA, tant pour la mise en oeuvre du projet que pour son évaluation.

Vous semblez aborder en toute sérénité ce projet où l’Intelligence artificielle joue un si grand rôle… N’y a-t-il pas un risque de déshumanisation ? Que devient le professeur ?
M-C J : Dans notre projet, le contenu prime et l’humain reste le maître. Ce projet d’intelligence artificielle appliquée à l’éducation nous permet de mettre en oeuvre un champ d’expérimentation très large, mais attention ! toujours dans le respect du contenu, des élèves, des professeurs. Nous allons mettre à disposition nos outils pour le transmettre le plus fidèlement possible. Ce sont les outils qui vont s’adapter, ce ne sont pas les informaticiens ni l’Intelligence Artificielle qui décideront.

Et puis le rôle du professeur est crucial. Il y aura toujours un vrai prof en présentiel et/ou en ligne. Seul le prof connaît ses élèves, il dynamise, distribue les activités, il crée l’environnement pédagogique partagé par les élèves. C’est vrai, il va voir son statut évoluer, il va devenir davantage un coach, mais c’est lui l’expert, le guide, qui cherche les ressources et les adapte à chacun. C’est lui le maître d’oeuvre. D’ailleurs cet outil est avant tout destiné aux professeurs.

En fin de compte, ce projet répond à des enjeux politiques, humanistes, artistiques, créatifs ?
M-C J : Nous partageons la même ambition démocratique avec Éric Chartier. Nous voulons promouvoir un élitisme pour tous. Mettre à la disposition de tout le monde le patrimoine littéraire, artistique, avec un fort niveau d’exigence, aider les élèves écartés du système à accéder à la lecture, l’art de la transmission orale, aux antipodes d’une tendance trop souvent exploitée par certains médias dans le cadre de shows de pacotille. Répondre à la crise de l’enseignement et réhabiliter les professeurs. Et, à travers les techniques les plus innovantes, revaloriser la technique ancestrale de la transmission orale.

D’ailleurs, à terme, Rhapsod-IA pourrait déboucher sur la création d’une école de r(h)ap…sodie ! Ce serait un bel hommage à la première forme de réalité virtuelle : le récit oral n’est-il pas le premier et superbe déclencheur de réalité virtuelle… celle de l’imaginaire !

(NB : cet article fait partie d'un ensemble : voir le sommaire du dossier).
 
Propos recueillis par Jeanne Suhamy
puce note Notes
(1) Le projet "Rhapsod-IA" est mené avec le concours de neuroscientifiques et de l’Education nationale (Académie de Versailles, le Lycée Vaucanson intervenant dans le cadre de la phase pilote).

(2) EasyProf est un outil d'auteur, logiciel de technologie interacdtive, pensé pour aider ceux qui détiennent le savoir mais qui ne maîtrisent pas les logiciels de programmation à créer des contenus.


Voir la vidéo : Marie-Christine Jené présente EasyProf


 
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